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Construire la paix, un mégawatt à la fois : Dr Sandrine Mubenga sur l’avenir énergétique de la RDC 

Dr. Sandrine Mubenga, Directeur Général de l’Autorité de Régulation du secteur de l’Électricité (ARE), partage sa vision pour libérer l’immense potentiel énergétique de la République Démocratique du Congo (RDC). Des réformes structurantes aux projets innovants dans l’hydroélectricité, le solaire et les mini-réseaux, elle met en lumière la manière dont la modernisation de la régulation, les infrastructures régionales et des initiatives stratégiques contribuent à l’électrification, à la croissance industrielle et au développement socio-économique en RDC et dans la région des Grands Lacs. 

La RDC est souvent décrite comme un géant énergétique encore largement inexploité. De votre point de vue, en tant que Directeur Général et membre du Conseil d’administration de l’ARE, quelle est la réforme la plus critique pour libérer ce potentiel ? 

La République Démocratique du Congo dispose d’un potentiel énergétique exceptionnel, notamment environ 100 000 MW de capacité hydroélectrique, capable de transformer durablement le pays et toute la région. Du point de vue de l’ARE, la réforme la plus urgente consiste à aligner le cadre légal et réglementaire avec les réalités du terrain, en particulier afin de soutenir les innovations telles que les mini-réseaux, les solutions d’énergies renouvelables et la participation du secteur privé. 

Depuis 2021, l’ARE a plaidé pour une révision de la loi sur l’électricité afin d’y intégrer ces éléments, dans l’objectif de créer un environnement transparent, flexible et attractif pour les investissements. Cette réforme vise à accélérer l’électrification et à mobiliser pleinement le potentiel énergétique du pays. Nous avons le plaisir d’annoncer que la Loi sur l’électricité a effectivement été révisée en février 2025

La nouvelle Loi promeut les énergies renouvelables et le déploiement des mini-réseaux en simplifiant les procédures. Désormais, un opérateur de mini-réseau peut obtenir un titre unique couvrant la production, la distribution et la commercialisation de l’électricité, alors qu’auparavant il devait solliciter trois autorisations distinctes. 

Cette révision contribue à une libéralisation accrue du secteur et ses effets sont déjà visibles. Elle constitue un facteur déclencheur de transformations structurelles profondes au sein du secteur de l’électricité. 

Exemple 

En janvier 2026, Congo Reliable Energie Seko (CRE Seko) est devenue la première entreprise à bénéficier de cette simplification, en obtenant un titre unique lui permettant d’opérer simultanément dans les segments de la production, de la distribution et de la commercialisation de l’électricité. 

Figure 1 : CRE Seko recevant la décision de l’ARE pour une centrale hydroélectrique de 1,9 MW. De gauche à droite : le Directeur Général de CRE Seko, le Directeur de la représentation provinciale de l’ARE, et un représentant de l’Ambassade de la République tchèque. 

Le projet, qui démarre avec une capacité de 1,9 MW, atteindra à terme 5 MW et permettra d’améliorer l’accès à l’électricité pour 12 000 ménages au Sud-Kivu, principalement dans des communautés rurales. CRE Seko collabore avec une entreprise tchèque pour la construction de ces infrastructures électriques en RDC. 

Le Corridor de Lobito est de plus en plus perçu comme un projet régional structurant. Comment l’infrastructure énergétique peut-elle soutenir son succès ? 

Les projets régionaux d’envergure, tels que le Corridor de Lobito, nécessitent une base énergétique fiable et durable. Des infrastructures solides de production, de transport et de distribution de l’électricité sont essentielles pour soutenir le développement industriel, l’intégration économique et les chaînes de valeur transfrontalières. 

En tant que régulateur, nous invitons les promoteurs du Corridor de Lobito à investir massivement dans la production, le transport et la distribution de l’électricité en RDC. Le rôle de l’ARE est d’accompagner ces projets en simplifiant les procédures, en promouvant la transparence et en facilitant les partenariats public-privé. De cette manière, des initiatives comme le Corridor de Lobito peuvent se développer, attirer des investissements et favoriser le progrès socio-économique régional. 

Exemples 

En 2025-2026, l’ARE a soutenu plusieurs projets structurants sur le terrain : 

  • Katamba Mining a sécurisé son approvisionnement en électricité, renforçant la continuité de ses opérations minières, améliorant la planification opérationnelle et générant un impact positif sur la production locale et l’emploi. 
  • Green World Energy a obtenu un avis de non-objection pour une centrale solaire de 200 MWc, générant près de 300 emplois et permettant une réduction annuelle de 75 750 tonnes d’émissions de CO₂

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Figure 2 : Ingénieurs de l’ARE en mission d’inspection sur le projet de Katamba Mining. 

Par ailleurs, CrossBoundary Energy a reçu deux avis de non-objection pour une centrale solaire de 233,8 MWc à Mutshatsha, permettant la commercialisation de l’électricité au profit du secteur minier. 

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Figure 3 : Rencontre entre l’ARE (à droite) et CrossBoundary Energy (à gauche) lors de l’AEF 2025 en Afrique du Sud. 

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Figure 4 : M. Marco Kuyu, Directeur Général Adjoint de l’ARE (à gauche), remettant la décision favorable de l’ARE à Mme Camelia Ganga, représentante légale de CrossBoundary Energy (à droite). 

Selon CrossBoundary Energy, la construction du champ solaire photovoltaïque de 233 MWc permettra la création de 900 emplois en RDC. 

Ce projet, mis en œuvre en partenariat avec Kamoa Copper, prévoit l’installation de plus de 400 000 panneaux solaires. L’électricité produite alimentera la mine de Kamoa et servira de référence pour d’autres projets miniers, contribuant ainsi à la transition énergétique, à la réduction de plus de 70 000 tonnes de CO par mois, et à la sécurisation d’un approvisionnement énergétique fiable pour l’industrie extractive. 

Lors du Powering Africa Summit 2025, vous avez présenté le concept « Business for Peace », fondé sur trois piliers : la transformation locale des minerais critiques, l’électrification et l’éducation. Où en est cette initiative et comment est-elle mise en œuvre en RDC et dans la région des Grands Lacs ? 

J’ai développé le concept « Business for Peace » depuis 2016 et, lors d’un panel au Powering Africa Summit 2025, j’ai saisi l’opportunité d’en expliquer les fondements. 

Le concept repose sur trois piliers stratégiques : 

  1. La transformation locale des minerais critiques, afin de maximiser la valeur ajoutée ; 
  1. Le développement des infrastructures électriques, incluant la réhabilitation des réseaux existants et la promotion de projets innovants tels que le projet Inga, les mini-réseaux et les investissements privés ; 
  1. L’éducation et la création de centres d’excellence, pour renforcer les compétences nécessaires à une économie moderne et compétitive. 

Ces trois piliers visent à ajouter de la valeur aux chaînes d’approvisionnement technologiques liées à la transition énergétique et à l’Industrie 4.0, générant ainsi un essor économique susceptible d’améliorer les conditions de vie des populations locales dans la région des Grands Lacs. 

Les pays investis dans ces différents secteurs auraient naturellement intérêt à préserver la stabilité régionale afin de protéger leurs investissements — d’où l’expression « Business for Peace »

Composition du panel 

Le panel était modéré par Katie Auth, Directrice des politiques à l’Energy for Growth Hub. Les intervenants comprenaient : 

  • Son Altesse Royale le Prince Lonkhokhela Dlamini, Ministre des Ressources naturelles et de l’Énergie d’Eswatini ; 
  • L’Honorable July Moyo, Ministre de l’Énergie et du Développement énergétique du Zimbabwe ; 
  • Dr Sandrine Mubenga, Directeur Général de l’Autorité de Régulation du secteur de l’Électricité (ARE) ; 
  • Linda Habgood, Directrice financière de Wright Energy Storage Technologies (WEST) ; 
  • Dan Klinck, Fondateur et CEO d’East African Power ; 
  • Gaspar Lino, CEO d’Averi Finance

Figure 5 : Panel « Energy Cooperation: Southern Africa » au Powering Africa Summit 2025. De gauche à droite : Katie Auth, Sandrine Mubenga, Dan Klinck, Linda Habgood, Gaspar Lino, Son Altesse Royale le Prince Lonkhokhela Dlamini, et Son Excellence l’Honorable July Moyo. 

Mise en œuvre régionale et partenariats stratégiques 

Depuis le Powering Africa Summit 2025 (PAS 2025), nous poursuivons des engagements diplomatiques et techniques au niveau régional afin de promouvoir des synergies entre régulateurs, investisseurs et institutions financières, dans le but de développer des solutions énergétiques durables et intégrées à l’échelle de la sous-région. 

En effet, depuis le PAS 2025, nous collaborons avec quatre des cinq autres panélistes afin de concrétiser la vision « Business for Peace ». 

Exemples concrets 

Collaboration avec WEST 

Après le PAS 2025 tenu en mars à Washington DC (États-Unis), j’ai participé à l’Africa Energy Forum 2025 (AEF 2025) organisé à Cape Town, en Afrique du Sud. 

À Cape Town, j’ai pris contact avec Linda et, accompagnée de mon équipe, nous avons rencontré l’équipe de WEST et visité un site opérationnel situé près de la ville, utilisant les solutions de stockage d’énergie fabriquées par WEST. Nous avons également invité WEST à entrer sur le marché de la République démocratique du Congo. 

Figure 6 : Le Directeur Général de l’ARE en visite chez WEST en Afrique du Sud. 

Coopération avec Eswatini et reconnaissance par la BAD 

Lors de l’AEF 2025, j’ai rencontré Son Altesse Royale le Prince Lonkhokhela Dlamini d’Eswatini, ainsi que Skhumbuzo, régulateur de l’énergie d’Eswatini. 

Depuis le PAS 2025, Skhumbuzo et moi échangeons sur les moyens d’améliorer les processus de passation des marchés. 

Par la suite, lors du lancement officiel de l’Indice de Régulation de l’Électricité 2025 organisé par la Banque africaine de développement, nous avons été sélectionnés comme les deux seuls régulateurs pour mettre en avant les réformes engagées en Eswatini et en RDC afin d’améliorer le cadre réglementaire. 

Figure 7 : Lancement de l’Indice de Régulation de l’Électricité par la BAD à l’AEF 2025, Afrique du Sud. Participation de la Dr Sandrine Mubenga et de Skhumbuzo en tant que régulateurs. 

Partenariat avec Averi Finance 

Après le PAS 2025, nous sommes restés en contact avec Gaspar Lino, qui a dépêché l’équipe dirigeante de sa société Averi Finance au siège de l’Autorité de Régulation du secteur de l’Électricité (ARE) à Kinshasa, afin de mieux comprendre le cadre réglementaire et les procédures relatives à la construction d’une ligne de transport en RDC. 

Depuis, l’ARE et Averi Finance collaborent activement. 

Avancées avec East African Power 

Après le panel du PAS 2025, Dan Klinck et moi avons tenu une réunion afin d’approfondir les discussions sur les activités de East African Power (EAP). Nous avons également eu une réunion de travail à Cape Town lors de l’AEF 2025. 

Figure 8 : Réunion entre la Dr Sandrine Mubenga (droite) et Dan Klinck (gauche). 

East African Power est une société d’investissement et de développement énergétique basée au Texas, avec pour mandat de fournir 1 GW de capacité électrique fiable d’ici 2030 en RDC. 

En mars 2025, Dan Klinck a rencontré la Dr Ngalula Sandrine Mubenga lors du Power Africa Summit à Washington DC afin d’initier et d’accélérer la bancabilité des accords relatifs à la phase I d’un projet solaire photovoltaïque de 266 MW, situé à Kolwezi et Likasi, dans le sud-est de la RDC. 

En partenariat avec la Trade and Development Bank (TDB) du Kenya, EAP a finalisé les contrats d’achat d’électricité avec la SNEL ainsi que les accords de concession avec le Ministère de l’Énergie. 

Figure 9 : Dan Klinck lors de la signature de l’accord-cadre de 2 milliards USD par le Ministre de l’Énergie de la RDC, Aimé Sakombi Molendo, à Kinshasa. 

EAP a été encouragée à étendre l’initiative en quatre phases totalisant 1 064 MW (266 MW par an) d’ici 2030. 

En novembre 2025, Dan Klinck et le partenaire local d’EAP ont signé un accord-cadre de 2 milliards USD avec le Ministre de l’Énergie. Cet accord accélère le déploiement de solutions énergétiques soutenant des entreprises américaines développant des projets de minerais critiques en RDC, notamment la mise en place de 100 mini-réseaux locaux, dont les premiers devraient entrer en service en juin 2026. 

EAP et l’ARE partagent une mission commune : structurer des accords bancables d’accès à l’énergie afin d’accélérer l’électrification d’un million de ménages en RDC d’ici 2030. 

Soutien au secteur minier 

Face à l’accélération de la demande en minerais critiques, l’ARE accompagne le secteur minier en facilitant des solutions énergétiques fiables, durables et compétitives. 

À cette fin, plusieurs plateformes d’échange ont été mises en place, réunissant régulateurs, opérateurs privés, institutions publiques ainsi que partenaires techniques et financiers à travers des ateliers sectoriels, des sessions de formation technique, des dialogues multipartites et des forums de concertation. 

Exemples : 
  • Collaboration avec la Banque africaine de développement pour renforcer le cadre réglementaire et fournir une énergie fiable et abordable aux mines ; 
  • Projets sur le terrain avec Katamba Mining, Green World et CRE Seko pour sécuriser l’accès à l’électricité ; 
  • Partenariats avec CrossBoundary Energy et East African Power pour structurer les financements et accélérer le déploiement de mini-réseaux et de solutions énergétiques durables. 

Ces plateformes contribuent à mieux aligner les projets énergétiques avec les besoins industriels, tout en garantissant transparence, stabilité réglementaire et attractivité pour les investisseurs. 

Quelle vision du succès pour le secteur énergétique congolais dans la prochaine décennie ? 

Le succès du secteur énergétique en RDC signifie un accès élargi à une électricité fiable et abordable pour tous les citoyens. 

Cela suppose : 

  • Le déploiement de sources d’énergie diversifiées et innovantes (hydroélectricité, solaire, mini-réseaux) ; 
  • Le renforcement des institutions de régulation ; 
  • L’augmentation des capacités installées ; 
  • L’amélioration des taux d’accès à l’électricité. 

Il s’agit également de créer un écosystème où secteurs public et privé, communautés locales et partenaires internationaux travaillent ensemble. Le succès se mesurera par une RDC où l’électricité devient un catalyseur pour l’éducation, la santé, l’industrie et l’agriculture, contribuant à l’intégration régionale et à la prospérité. 

Résultats obtenus 

En 2020, au démarrage effectif de l’ARE, la capacité installée était de 2 972 MW. 

En 2025, elle a atteint environ 4 133 MW, soit une augmentation de 39 %. 

La production annuelle est passée de 12 460 GWh en 2020 à environ 16 594 GWh en 2025, soit une hausse de 33 %. 

En 2025, l’ARE a traité 115 dossiers couvrant la production, le transport, la distribution, la commercialisation, l’importation, l’exportation, ainsi que la certification des installations électriques et la reconnaissance des clients éligibles. 

Production : 
  • 24 projets examinés totalisant 2 272,35 MW 
  • 17 licences solaires (1 021,37 MW – 44,95 %) 
  • 7 concessions hydroélectriques (1 250,98 MW – 55,05 %) 
Transport & Distribution : 
  • 9 concessions de lignes (70 à 220 kV) 
  • 6 concessions de distribution 
Vente & Importation : 
  • 8 licences de vente 
  • 7 demandes d’importation (898 MW) 
  • 3 propositions tarifaires approuvées 
Certification & Clients éligibles : 
  • 42 installations certifiées 
  • 13 clients éligibles reconnus 

Il s’agit d’un bon début. 

Au cours de la prochaine décennie, nous poursuivons nos engagements diplomatiques et techniques au niveau régional afin de promouvoir des synergies entre régulateurs, investisseurs et institutions financières, en vue de développer des solutions énergétiques durables et intégrées. 

La RDC invite les investisseurs à développer les infrastructures électriques. 

Plus que jamais, il est temps de construire le projet Inga ainsi que des centrales hydroélectriques de petite taille. L’ARE invite également les développeurs de mini-réseaux et de solutions de stockage par batteries à investir en RDC. Enfin, la RDC accueille les entreprises souhaitant construire des lignes de transport et gérer des systèmes de distribution. 

Nous construisons la paix, un mégawatt à la fois. 

Dans dix ans, nous espérons avoir pleinement réalisé la vision « Business for Peace ». 

Article initialement rédigé en anglais et publié par Energy News Network, reproduit en version française dans le strict respect du contenu et du sens du texte original.
La version originale en anglais est accessible via le lien suivant : Building Peace, One Megawatt at a Time: Dr. Sandrine Mubenga on the DRC’s Energy Future – Energy News Network